Le rêve où j'ai vécu le vrai début.

On se croit souvent bien faible, bien souple, bien mou. On se l’est cru jusqu’au moment bien précis où, par une douce atmosphère l’assurant, un être s’approcha du mien. Et alors on a envisagé que peut-être on avait le sens de la provocation. Et on devrait plutôt dire, on… ou du moins… j’ai envisagé que je pouvais revendiquer ma colère.

À ma droite, assis au lieu d’un morne cours lycéen, de beaux traits me sourient. Il s’agit là bien de cet être si cher. En un seul sourire, il sut me claquer. Et, ma foi, il semble bien que ce cours de géographie n’aurait rien à refuser à une revendication de liberté.

Cherchons cherchons. Il faut un moyen peiné, à la subtilité sous-choisie, et du courage. Oh mais que dis-je, le courage, c’est fait.

Cette règle d’aluminium a un angle suffisamment tranchant pour mettre un peu de vacarme, je suppose. Mais alors la subtilité m’en voudra.
Un instrument simple, qui saurait exprimer ma revendication en l’espace d’un souhait… Je m’accroche encore à l’espoir que je puisse en trouver un, sous mes yeux.

Un soupir… Une note aigüe de ma voix.

Ha.

Le premier des instruments de musique, le premier des instruments de revendication, tout à moi.
Un cœur emballé, prenant beaucoup de place dans ma poitrine. Un grande inspiration la gonflant et troublant mon regard. Mes yeux se fermant lentement. Mes doigts tremblottant et se cramponant à mes genoux. Il faudrait sauter en même temps, ce sera mieux encore. Je pourrais même renverser cette table jusque là.

Je hurle. Le plus aigu possible, la machoire la plus étendue qui me soit imaginable. Toutes mes forces en sont le carburant. La table est à terre. Mes poings serrés. Veux faire durer. Veux tout épuiser. Veux marquer.

À la dernière pulsation de mon énergie, j’ouvre enfin les yeux, et use de la goutte finale pour ne voir qu’un doux être complètant le mien. Plongeant dans ses bras, je m’y endors, serein.

C’était presque un rêve.

Niléane