Au Fil du retour #5 : petite chute dans la Plaine Bleue.

(…) Je passe l’ouverture. Voici Octepo.

Passer cette entrée fut je pense le plus merveilleux des aperçus que l’on ait pu m’offrir. À la manière d’un cliché photographique tout juste réalisé, le paysage éblouissant mit plusieurs secondes à apparaître en un fondu de lumière.
C’était une prairie, teintée de vert et de bleu, et, sur l’étendue des herbes hautes, se dessinaient des courbes colorées, faites de fleurs et de grands feuillages. Instinctivement, je pivotais tout entier afin d’apercevoir de quelle sorte de bâtiment je sortais. Imaginez ma surprise, cher ami, lorsque je perçus que le cadre de la grande porte, qui venait de me laisser passer, s’avérait indépendant, seul, flottant au-dessus de ce champ.

Je marchais pendant de nombreuses minutes, peut-être heures, mais sachez que c’était sans peine. Le vent était frais, tout juste véloce, la lumière du ciel généreuse, et l’atmosphère finement légère. Et aussitôt que je commençai à songer à m’allonger vainement, une petite image avait surgi devant moi : une voiture de bois. À l’allure d’un chariot tout à fait typique du XVIIIème siècle humain, il était beau, rustique, quelque peu abîmé, mais était vraisemblablement tout entier. S’en servir serait une bonne idée pour rejoindre quelque civilisation qui soit dans les parages. Je l’admets : je n’avais songé à l’idée qu’il appartienne à quelqu’un qu’une fois que je l’avais siégé, et lancé.

Tout à fait intrigante, car nulle force de locomotion ne semblait apparaître autour de l’engin. Un simple levier, au centre du repose-pied de la banquette avant, semblait servir à la fois de commande de démarrage, et de contrôle de la voiture de bois. La conduire était un véritable jeu d’enfant. Il me semblait même que je parvenais petit à petit à effectuer un contrôle subtil de sa vitesse, sans avoir pourtant effectué quelqu’action de plus que mes timides pivotements du levier central.

Oh cesse de réfléchir donc… Détends-toi. Je me suis chuchoté ces nouvelles petites valeurs tout en souriant à l’admiration d’un paysage infiniment grand et coloré devant moi.
Je fonce.
La vitesse me fit un bien fou.
Je traversai des champs aux couleurs et aux formes qui ma foi auraient fait trembler toute une communauté scientifique sur Terre.

Oh, voilà enfin un être, droit devant moi. Aussi humain que moi semblait-il. Son air gai héritait très certainement des beaux fruits qu’il cueillait au sol.
Cela dit… peut-être m’approchais-je trop vite… Absolument trop vite. Mince. Peut-être faudrait-il que j’investigue sur un moyen de ralentir avant qu… Ah. Mince. Mince. Je l’ai percuté.


« Tout va bien monsieur ? Pardon… je viens d’arriver… et je découvre à peine cet engin… Vous allez trouver cela ridicule mais je n’avais toujours pas saisi comment l’arrêter. À part peut-être en percutant un être…
— Ça va ça va… Mmh.
— Sûr… ?
— Certain. Vous avez ruiné mes belles ravies, mais par la bonté des fraicheurs de ces journées, il n’en manque pas.
— Qu’est-ce que “vos belles ravies” ?
— Ces fruits. Oh, vous êtes nouveau, une belle question de nouveau que celle-ci. Dites-moi donc, j’aimerais me rendre au Cœur, afin d’assister à la Grande Assemblée, et force physique est de constater que vous avez su dénicher un moyen de nous y rendre… »

Son clin d’œil n’aurait pu être plus explicite.

« La réponse est oui : je répondrai à vos questions, on a le temps du trajet pour cela. Oh, et laissez-moi guider la rouleuse, éviter une autre égratignure ne serait pas une mauvaise idée. »

Niléane