L'histoire de Palenvraine

C’est l’histoire de Palenvraine.
Elle vivait en ce monde depuis un an et déjà… tout l’accablait. Qu’elle soit célèbre dans la famille pourrait s’avérer une chose délicate. Dans son cas, il s’agissait là de la conséquence d’un esprit extraordinaire. Palenvraine avait choisi elle-même son prénom. « Justine » était simplet, hurlait-elle à ses parents — eux ne savaient ce que « simplet » voulait bien dire.

Pourquoi autant accablée ? L’on pourrait lister les torts et stupidités de ce monde pour le justifier… Or Palenvraine ne revendiquait qu’une raison surprenante au tout : elle voulait retourner chez elle. « Là où les couleurs sont à l’endroit. » « Tout à l’envers ici, c’est stupide. » Une revendication qu’elle aura su formuler dès qu’elle sut se faire à la langue de ce corps. Son précédent corps était intégré dans une société où la langue officielle était élaborée selon les gestes. Elle avait adoré ce principe, et ne comprendra d’ailleurs jamais pourquoi ici, sur cette Bille, le principe est réservé à ceux qui ne peuvent entendre.

Il arriva qu’un jour, elle disparut, et ne fut plus jamais revue. Âgée alors de 14 ans, elle laissa suspendue au plafond de sa « chambre » (le choix était sien de mettre les termes qu’elle jugeait stupidement caractéristiques d’un monde stupide entre guillemets) quelques termes alignés ainsi … : « Ne suis née ici que pour remettre les couleurs à l’endroit. »
À ce papier était attaché un fil de 8,88 mètres. Précisément. le Fil. le 8. Tout concorde : elle a su remettre les couleurs à l’endroit.

À la douce cherchant à dormir…

Niléane