Au Fil du retour #1 : le Fil.

Au fil du retour, je constate que ma vie s’agrège en une multitude de petits points vaniteux. Je viens de mourir. En fait, je viens de croire que je mourrais. Mais voilà ce fil. Ce retour. Non je ne raconterai pas le point de cette « mort ». Pas intéressant. Rien comparé à ce qui vient. Rien comparé à la destination de ce grappin composé sous la forme d’un fil. Au fil du retour, j’admire ma vie. Voici ma dernière naissance. Voici la dernière fois que je vis. Car je vivrai toujours. C’est lui qui me l’a dit.
Qui donc ? Mon père. Ha je savais que je le rencontrerai un jour. Aussi ravi de me rendre compte que le père fantôche de ma morte vie (ainsi je nommerai ce qui précédait ma mort désormais.) n’était qu’un Rien, que ravi d’être ravi. Ravi de naviguer sur ce fil. Au passage… je découvre un nouveau ciel. Depuis la pauvre bille, voilà 2.4 milliards d’années que les êtres y admirent le même ciel. Au cours d’un voyage en son travers, il se redessine sans cesse. Toujours et encore un ciel nouveau autour de moi, à mesure que j’avance sur le fil.
Je… Qu’est-ce que… Cette étoile est en train… de vivre ? Je veux dire… J’assiste là à une supernovæ mais… à l’envers. Attends donc. Remonté-je le temps grâce à ce fil ?

« Non. »

La voix a résonné comme surmontée de vibrations et de tonnerre. Ainsi fut la première fois que je discutais avec mon père. Dans mes pensées. Il s’y est invité, et m’a parlé. Il m’a parlé du Fil. Celui-ci même qui me faisait voyager.
« Il te fait comprendre que le Temps est maléable. Que sa direction unique vers le Futur n’est qu’une illusion. Tu peux en réalité avoir le choix. Faire du Futur le passé. Du passé le Futur. De ton Présent le seul Présent. »

Je n’ai rien compris. À ce moment-ci du moins. Je ne faisais qu’attendre la fin de sa prise de parole pour enfin lui poser une question si stupide : « Qui est-ce ? »

On passera sur sa réponse.
Par ce ciel qui se recomposait sans cesse, je décidai de me mettre à l’aise. Le voyage est long. Il ne s’arrêtera jamais, je commençais à m’en convaincre. Ce fil est large. Assis en son centre, la patience se fait vertu. Voilà à cette occasion que j’entamai la réalisation d’un jeu absolument nouveau : attrapper la corde. (Certes, on apprendra plus tard que ce jeu aura été celui de tous ceux dans ma situation… Ha bon sang, j’en étais si fier tandis que je pensais en être l’inventeur.) En voici les règles : poser un doigt sur le Fil, fermer les yeux, se dire que l’on se trouve ailleurs. On peut ainsi faire intervenir trois issues à cela : la première est selon laquelle rien ne se passe, la deuxième admet qu’il se passe quelque chose, la troisième est non-euclidienne (un événement non-euclidien est un événement qui n’a ni sens physique commun, ni sens logique universel). La partie intéressante arrive, rassure-toi ami Lecteur, car il s’avère que tous les inventeurs de ce jeu — moi compris — se sont trouvés confrontés à la même issue : un événement non-euclidien.

Niléane