Au BAC de français, j'ai dit ce que je pensais.

Et l’on le sait, voilà une bien mauvaise idée.

L’épreuve orale de français du baccalauréat est un plaisir, n’est-il pas ? Pour ceux qui ne seraient pas familiers au concept, il s’agit de restituer grâce à une mémoire tampon (dont j’espère vous êtes doté) des commentaires littéraires et lectures analytiques, afin de pouvoir le recracher de votre voix tremblante, le jour de l’examen. Oh que oui, un plaisir.

Cette épreuve se décline en deux étapes successives : l’exposé tout d’abord, durant lequel vous réalisez le commentaire du texte imposé, et préalablement sujet d’entrainement de votre part, puis l’entretien où vous réalisez le même exercice, en déglutinant vos capacités de récitation, mais cette fois-ci en répondant aux questions au rôle fantôche de votre examinateur.


L’exposé se passa « bien ». Mais à l’heure de l’entretien…
Le récit de la scène ci-dessous est fait selon mes souvenirs, il est donc possible qu’elle soit enrichie, ou au contraire appauvrie par rapport à la réalité.

« Bon… préfères-tu me parler de l’histoire du roman, ou de l’adaptation cinématographique des Liaisons Dangereuses ? »

Il pose cette question avec l’air de me signifier que je ne parle pas assez. Je réponds :

« Puis-je vous confier que je trouve tout cela terriblement impertinent ?
— Oui, à tes risques et périls !
— Je fais peut-être une erreur, mais j’y tiens.
— Si tu m’expliques ton propos par des arguments, je n’ai aucune raison de ne pas les écouter. »

La suite du propos consiste donc à lui expliquer ma pensée, selon laquelle le fondement conceptuel du baccalauréat ne consiste qu’à évaluer la capacité d’un individu à se plier aux attentes. Au bout de quelques unes de mes expressions, mon examinateur m’interrompt :

« Personne ne te pousse à faire semblant.
— Juste une société toute entière. Et je pense au contraire que tout cela consiste à faire semblant. »

Plus tard, après qu’il m’ait annoncé que le temps était écoulé, et tandis que je rangeais mes affaires dans mon sac afin de quitter le lieu. Il ajouta :

« Tu sais, tu pourrais te battre contre cette société. Certains le font. Il faut juste faire attention à ne pas te retrouver seul.
— Ne croyez pas que je le sois.
— Es-tu toujours comme ça ?
— Comment ?
— Aussi détaché et l’air blasé.
— Je ne le suis qu’en ce genre de situation. »

Cet homme s’est sûrement — peut-être — fait une opinion erronée de ma personne.
Je suis sorti de cette salle avec la certitude d’obtenir au mieux dix sur vingt (n’ayant rien dit de bien scolaire, ou attendu lors de l’entretien), mais content d’avoir a minima parlé selon ce que j’avais réellement envie d’exprimer.

Niléane